BURLESQUE HALL OF FAME : CONSECRATION OU ARNAQUE ?
- Ambrosia Starr

- 6 avr.
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 juin
Alors que parait le tant attendu line-up de la 35ème édition du Annual Tournament of Tease, quoi de mieux pour lancer ce blog que de revenir sur l'histoire de cet événement international ?
Burlesque Hall of Fame : Saint Graal ou mafia du burlesque ?

D'une ferme de chèvres à Las Vegas
Le Burlesque Hall of Fame, on le doit à Jennie Lee ( AKA "The Bazoom girl", dont la maîtrise du tassel twirling avec son 106D en a fait l'une des stars des années 50, mais on y reviendra plus tard).
En 1955 à Los Angeles, Lee crée le Exotic Dancers' League of North America (ou EDL) pour améliorer les salaires et les conditions de travail des danseuses exotiques, qui, comme nous aujourd'hui, galéraient pour avoir des cachets décents et pouvoir accéder à une relative sécurité financière. Au fil du temps, et alors que de plus en plus de danseuses pensent à la retraite, Jennie donne à l'EDL pour mission d'aider à leur apporter un complément de revenu en collectant leurs anciens costumes et les exposant dans les endroits auxquels elle avait accès, notamment son night club The Sassy Lassy.
Lorsque son cancer est diagnostiqué en 1960, elle achète avec son mari une ferme dans la petite bourgade californienne d'Helendale et profite des nombreux bâtiments pour installer sa petite exposition - qui deviendrai officiellement Exotic World Museum en 1961 - ainsi qu'une petite école de burlesque dans laquelle elle donnera des cours avec ses anciennes collègues effeuilleuses.
Sa santé déclinant rapidement, elle demande à sa BFF Dixie Evans de l'aider, et c'est à son décès en 1990 que Dixie reprendra naturellement les rênes du Musée.
Dans l'idée d'attirer plus de public, Dixie lance le premier concours "Miss Exotic World" (imaginez, dans les années 90, une élection de la meilleure strip-teaseuse, c'était garanti de faire le buzz).
Les juges sont choisis parmi les collègues de Dixie, les performeuses triées sur le volet se produisent sur une scène de fortune, devant une piscine chauffée par le soleil californien.

C'est à partir de 2002 que le concours se professionnalise, organise son processus de candidatures et choisit son panel de juges à l'avance. D'après les participantes et gagnantes de cette période, c'était "la meilleure époque".
Une compétition bon enfant, un chouette public et de jolis trophées quand on gagne, c'est plutôt sympa, et bien sûr ça se termine en pool party jusqu'au bout de la nuit.
Le succès de l'événement explose grâce à l'investissement de Dixie et au talent des couronnées - il est temps de déplacer tout le monde à Las Vegas, où le Burlesque Hall of Fame s'installe de façon permanente.
Les Miss Exotic World de l'ère Helendale

1991 : Toni Alessandrini
1992 : Catherine D'Lish
1993 : AleXXX Marvel
1994 : Catherine D'Lish
1995 : Pillow
1ère dauphine : Elizabeth Ellison
2ème dauphine : Daisy Delight
1996 : Rio Savant
1ère dauphine : Daisy Delight
2ème dauphine : Christina
1997 : Stephanie Blake
1ère dauphine : Julie Uto
2ème dauphine : Dee Milo
1998 : Stephanie Blake
1999 : Kina Cochina
1ère dauphine : Cherry Tarts
2ème dauphine : Ophelia Flame
2000 : Christy Campbell
1ère dauphine : Manuella
2ème dauphine : Kitten DeVille
2001 : Cherry Malone
1ère dauphine : Manuella
2ème dauphine : Sarah Moon
2002 : Kitten DeVille
1ère dauphine : Bella Beretta
2ème dauphine : Manuella
2003 : Erochica Bamboo
1ère dauphine : Dirty Martini
2ème dauphine : Bambi the Mermaid
2004 : Dirty Martini
1ère dauphine : Penny Starr Jr.
2ème dauphine : World Famous BOB
2005 : Michelle L'Amour
1ère dauphine : Torchy Taboo
2ème dauphine : Julie Atlas Muz
A la conquête de Vegas
Ayant occupé plusieurs adresses à Vegas de son arrivée à nos jours, le Burlesque Hall of Fame se déploie maintenant sur un peu plus de 900m2 dans le district des arts. Le musée accueille, en plus de sa collection permanente, des expositions, des workshops, et organise des lectures, séances de dédicaces et autres joyeusetés. Evidemment, sortie obligatoire par la boutique, dont les profits viennent en aide aux Légendes du Burlesque à la retraite, on le rappelle.
Pour prévoir votre visite, toutes les infos se trouvent sur : https://burlesquehall.com/
Mais trêve de blabla, on sait bien que ce qui vous intéresse, c'est le concours, donc on y retourne. Ce qui a commencé dans le jardin d'une ferme devient rapidement une véritable convention : de nouvelles catégories sont ajoutées au concours, comme Best Boylesque, Best duo, Best troup ainsi que d'autres titres moins prestigieux mais créés dans l'espoir de contenter tout le monde. Il y aura donc un passage éclair de "best pick-up girl" - une seule année, parce que franchement, tout le monde s'en fout - et un "best exotic move", qui veut tout et rien dire donc c'est aussi vite passé à la trappe.
Surtout, on ajoute d'autres soirées de spectacle (histoire de facturer un pass 3 jours à $750) :
le "Movers, Shakers and Innovators" showcase permet aux artistes non sélectionnés pour la compétition de se produire à partir de 2009
la soirée "Titans and Icons of Tease" arrive elle en 2011 et permet aux Légendes qui sont encore en vie de nous faire une petite démo de comment c'était à l'époque. On y aura vu entre autres Tiffany Carter, Satan's Angel, Dee Milo, Tempest Storm, April March ou encore Big Fanny Annie.
D'autre trophées sont également créés pour rendre hommage aux Légendes ("Living Legend of the Year", ça se bouscule pas au portillon) ou aux personnes ayant activement contribué à la promotion du burlesque (Sassy Lassy Award).
Pour caser tout ce petit monde, il fallait de la place, c'est donc au Orleans Hotel que le Burlesque Hall of Fame week-end s'installe chaque début juin depuis 2009.
En 2013, au décès de Dixie, les gens disent que c'est là que ça a commencé à partir en eau de boudin - on parle de magouilles (soit dit en passant, ça existait déjà de son temps, une des gagnantes ayant remporté la couronne quelques mois après une "généreuse donation" de son époux au Musée), de mafia, bref, chacun se fera son point de vue là-dessus.
Je ne vous ferai pas la liste de tous les gagnants de cette époque car les infos sont facilement trouvables en ligne (et puis vous pourrez regarder le petite slide de photos à la fin de l'article), mais ce qui est important de noter, c'est que pour un souci d'inclusivité, le "Miss Exotic World" devient "Mx Exotic World" en 2024 (en 2023, la catégorie Best Boylesque disparaît et chaque catégorie solo accueille tous les genres. Les tenants du titre auront le loisir donc de choisir leur titre, Miss, Mr ou Mx). Samson Night, lui, a choisi de porter fièrement son titre de Miss Exotic World, Queen of Burlesque 2023, n'en déplaise à son épouse Margo Mayhem - et on adore.
Si vous avez suivi la récente polémique sur Instagram, vous aurez bien compris qu'autoriser les tenants du titre Best Boylesque à concourir au titre de Mx Exotic World pose un problème à pas mal de gens - en effet, les Miss Exotic World n'ont pas le droit de faire la compétition une deuxième fois - dès que t'as ta couronne, tu laisses la place.
Stephanie Blake et Catherine D'Lish ont quand même bien de la chance qu'il n'y ait pas eu beaucoup de compétition à l'époque.
Et nous alors ?
Vous allez me demander : "et nous les Européens, quelle place on a dans la compétition ?"
Le bilan n'est pas foufou. Miss Exotic World, c'est en grande partie Miss Exotic USA, on l'aura bien compris. Si quelques européen(ne)s ont eu la chance de se faufiler dans le line-up, et même parfois de gagner le fameux titre ou un joli trophée, il semblerait que le processus de sélection soit un petit peu biaisé à ce niveau. Je vous laisserai vous faire votre propre avis avec la liste ci-dessous :
Trophées Européens :
Best Debut 2006 - Most Classic & Miss Exotic World 2007 : Immodesty Blaize (UK)
Most Classic 2009 : The Amazing Knicker Kittens (troupe, Suède)
Best Debut 2011 - Most Classic & Miss Exotic World 2013 : Loulou D'Vil (Finlande)
Most Innovative 2012 : Koko La Douce (Suisse)
Best Debut 2013 : Lada Redstar (Allemagne)
Most Innovative 2013 : Laurie Hagen (UK)
Best Debut & Most Dazzling 2014 : Bonnie Fox (UK)
Most Innovative 2014 : Aurora Galore (UK)
Best Boylesque & Most Innovative 2016 : Harden Reddy (Allemagne)
MEW 1st runner-up 2016 : Lada Redstar (Allemagne)
Most Dazzling 2016 : Vicky Butterfly (UK)
Most Innovative 2017 : Rubyyy Jones (UK)
Best Small Group 2018 : Alekseï & Mara (France)
Most Classic 2019 : Holly's Good (Italie)
Most Dazzling 2023 : Chris Oh ! (Suisse, mais en vrai Nouvelle-Zélande)
Most Classic 2023 : Ginevra Joyce (Italie)
Best Small Group 2024 : Lilly Snatchdragon & Marc Anthony (UK mais après Brexit)
Sur 34 ans de compétition, je le rappelle.
Je parlais ici d'Europe, mais niveau francophonie, à part Alekseï & Mara, Laurie Hagen et Lada Redstar (qui parle 6 langues et a habité dans 5 pays donc est-ce que ça compte vraiment ?) eh ben...
Vous allez me dire - et les francophones du Canada ? Nos amis canadiens ont la chance d'être géographiquement plus proches des US, mais pourtant, leur présence n'est pas plus évidente sur les line-ups du BHoF.
On comptera quand même deux Burlesque Queens canadiennes : Loulou La Duchesse de Rière en 2022 et Roxi DLite en 2010. Il semblerait même qu'on soit bien partis pour une troisième prochainement - même si elle ne parle pas français -, vu les trophées remportés par Violette Coquette l'année dernière (Most Dazzling, Most Classic and Best Debut runner-up) .
Si vous voulez mon avis, les 4 dernières éditions ayant élu une Queen BIPOC, ça passera nickel de mettre la couronne sur une tête blonde cette année. Surtout que dans la catégorie Best Debut, Queen Qwan est en tête des pronostics après sa montée fulgurante en première place du Burlesque Top 50 donc... Les paris sont ouverts !
Rappelons aussi que participer à cette compétition quand on ne vit pas aux USA, (et si on a la chance d'être sélectionné), ça coûte un rein, entre vols, hébergement, et tickets d'entrée - oui parce qu'être en compétition ne vous donne pas accès aux autres events, et qu'aller là-bas pour ne rien voir d'autre que les backstage de son propre show, c'est un peu nul.
Pourtant, le "prestige" de BHoF ne ternit pas, surtout pour les nouvelles générations qui voient ce titre comme un accomplissement et une validation ultime.
Alors, pour vous, ça vaut la peine ou pas ? Avez-vous déjà visité/ candidaté/ performé à BHoF ?
On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article, n'hésitez pas à laisser des suggestions de sujets en commentaire !
Je vous embrasse !
Edit - Mai 2025
Quelques semaines après la sortie de ce blog, la nouvelle tombe : le musée va fermer ses portes de manière définitive. Ci-dessous, le communiqué officiel :
"Après de longues discussions, la direction du BHoF a pris la décision de suspendre définitivement l'activité du musée à partir du 20 juin 2025.
La situation économique et politique récente a fortement impacté le Burlesque Hall of Fame. La fréquentation de notre ville a baissé de 10% depuis l'an dernier, le tourisme international ayant particulièrement été touché, et de fait, les visites du musée ont dégringolé. Dans le même temps, les fonds de subvention fédéraux dont nous bénéficiions ont été suspendus. Les ventes de tickets du BHoF Weekender fonctionnent au ralenti, alors que la récession plane et que les visiteurs internationaux prennent la décision difficile mais raisonnable d'éviter de passer la frontière américaine.
Nous avons développé un plan qui est notre meilleure chance de préserver ce qu'est et fait le Burlesque Hall of Fame. Le BHoF est beaucoup plus qu'un musée physique. Nous visons une survie à long terme de notre organisation, du Weekender, et de notre collection. Malheureusement, cela implique de sacrifier une partie non négligeable mais coûteuse de notre opération.
Pour être clair, le Burlesque Hall of Fame en tant que tel ne s'arrête PAS. Nous mettons juste nos frais les plus importants en stand-by pour protéger notre patrimoine, le Weekender et notre communauté. Pour les prochaines années :
Le BHoF Weekender va continuer
Notre collection sera conservée en sécurité
Nous maintiendrons nos shows locaux et la School of Striptease et continuerons à partager l'art du burlesque avec de nouveaux artistes et publics.
Nous développerons des expositions itinérantes et en ligne, et construirons de nouveaux partenariats avec des musées et organisations à travers le pays.
Nous mettrons au premier plan le développement d'une nouvelle stratégie de levée de fonds, incluant une campagne capitale destinée à ré-ouvrir le musée lorsqu'émergeront de nouvelles conditions économiques et politiques plus stables.
Notre mission est de préserver, partager, célébrer et inspirer l'art du burlesque ; et notre but est de créer une organisation plus forte, plus résiliente, pour mener à bien cette mission. A ce jour, cela signifie faire un sacrifice douloureux mais nécessaire, un sacrifice que nous espérions ne jamais avoir à faire. Nous savons cependant que c'est la meilleure chose à faire pour maintenir le bien de notre organisation."
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